Qu'est-ce que la littérature comorienne ?


Le concept de « littérature comorienne » est employé abondamment par les chercheurs en littérature, les universitaires et les journalistes. Pourtant, aucun ne lui donne des frontières. Curieusement, dans les écrits scientifiques, il est difficile de trouver une définition précise. Tout le monde s’est donné le mot : on parle de « littérature comorienne » sans jamais chercher à en préciser les contours.

Telle qu’elle apparaît dans les écrits des spécialistes, la littérature comorienne est une littérature originellement et encore majoritairement orale. Elle se diffuse par le biais des veillées traditionnelles dans les villages.

On pourrait être tenté de se dire qu’au moins là, il n’y a pas de doute. Les contes de nos grands-mères sont à coup sûr LA littérature ou une partie de la littérature comorienne. Mais cela ne nous donne pas une définition précise et surtout cela n’est pas aussi évident que cela.

D’une part, l’image de la grand-mère ou du grand-père qui raconte des histoires à ses petits enfants a quasiment disparu des villages, au profit de la télévision.

Les enfants comoriens découvrent les contes de leurs grand-mères par l’intermédiaire de quelques écrivains qui, à l’instar de Mohamed Ahmed-Chamanga, Salim Hatubou, Abderemane Wadjih et d’autres ont retranscrit ces contes et histoires courtes ou s’en sont servis comme matière première de leurs livres. Ainsi, cette littérature orale, en shikomori, tend à laisser place dans les meilleurs des cas à des livres bilingues (shikomori-français dont on sait que la quasi totalité des lecteurs ne lit que la version française) et au pire à une traduction française. Dans ce cas, peut-on encore parler de littérature comorienne ?

D’autre part, il faut prendre en compte le fait que cette littérature traditionnelle est le fruit du métissage à la comorienne. On y trouve aussi bien des personnages du patrimoine africain que du patrimoine arabe, souvent dans un contexte purement comorien. Ainsi, la littérature orale comorienne s’est parfois nourrie d’une littérature écrite en arabe. L’exemple le plus évident est celui d’Ibunaswia, personnage de la « littérature comorienne » mais qui a d’abord été un personnage historique puis est entré dans la littéraire arabe.

La difficulté à définir une « littérature comorienne » est encore plus évidente avec les écrits contemporains, la littérature dite « écrite » ou souvent désignée par les chercheurs par les mots « littérature d’expression francophone ».

Il faut attendre décembre 1983 et l’apparition d’un petit Recueil de nouvelles des étudiants de l’Association des Stagiaires et Étudiants des Comores (ASEC) pour qu’apparaisse la littérature écrite d’expression francophone. Deux ans après, apparaît le roman de Mohamed Toihiri, La République des Imberbes. Entre les deux œuvres est paru Le Tournis d’Hortense Dufour en 1984. Bien que ce roman n’a pas été écrit par une comorienne, toute l’histoire se déroule aux Comores sous la colonisation. Il fait référence à l’histoire, à la géographie, à la sociologie, aux personnages historiques de l’époque, en particulier le président Saïd Mohamed Cheikh. Est-ce un roman comorien ? La question a souvent été évacuée rapidement par les critiques et les chercheurs, pourtant répondre à cette question, ce serait commencer à définir ce qu’est la littérature comorienne d’aujourd’hui. Pourquoi, le roman de Mohamed Toihiri, La République des imberbes, écrit à partir d’une esthétique et des normes purement européennes serait plus un roman comorien que Le Tournis d’Hortense Dufour qui aborde aussi l’histoire et la sociologie comorienne, mais va plus loin du point de vue de l’invention et des caractères des personnages ?

Il en est de la littérature comorienne comme de l’islam aux Comores. Est-ce qu’il suffit de naître comorien et écrire un roman pour que ce roman soit forcément classé comme « littérature comorienne » ?

Ce n’est pas un critère qui tient dans le monde d’aujourd’hui et il me semble que lorsque les chercheurs et les critiques parlent de « roman comorien » ou de « littérature comorienne », ils devraient proposer des critères plus objectifs et même plus acceptables que le lieu de naissance ou la couleur de la peau de l’écrivain. Cela suppose d’entrer véritablement dans la production francophone, de faire les comparaisons nécessaires entre les œuvres et entre les écrivains dits comoriens, trouver des éléments qui les différencient des autres écrivains francophones.

Mais s’agissant de littérature est-il encore besoin au XXIe siècle d’y introduire un élément patriotique, nationaliste, surtout quand cette littérature écrite, cette littérature d’aujourd’hui a recours à une langue étrangère (le français) pour s’exprimer ?

Les chercheurs oublient souvent que ce qui permet de parler de littérature française, c’est d’abord l’utilisation de la langue française, le recours à une esthétique élaborée depuis des siècles pour mettre en avant cette langue et la faire accepter par les divers peuples qui vivaient sur le territoire qu’on appelle aujourd’hui France ?

Mahmoud Ibrahime


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