Le roman comorien


Le roman comorien s’est constitué essentiellement sur des thèmes « socio-politiques ». Il aborde des thématiques qui tournent autour de la société : le mariage, le sort de la femme, la condition sociale, etc. Mais, de véritables problématiques littéraires restent cependant oubliées. Pourquoi ?

Le genre romanesque s’inspire des traditions et coutumes pour asseoir la littérature comorienne. Ce genre a connu pendant la période post-coloniale de véritables succès grâce à des œuvres comme Le bal des mercenaires de Mohamed TOIHIR (1985), premier roman comorien, Le crépuscule des baobabs d’Ahmed SAST (2001) ou Le bal des Mercenaires d’Abou Bacar SAID SALIM (2002).

Ces trois romans traitent différemment la question sociale, ils donnent un aperçu de la « diversité des mœurs » dans une société où les traditions sont très pesantes.

Quelles sont les raisons qui expliquent pourquoi le genre romanesque est devenu un champ de recherche poreux et stagnant ? D’abord on peut noter que la littérature comorienne a eu du mal à se faire une place au sein de l’Université, certains corpus sont aujourd’hui enseignés dans les lycées mais les œuvres littéraires ne sont cependant pas au programme scolaire ou en lecture cursive comme c’est le cas ailleurs. Les universitaires comoriens n’en sont pas à vouloir ériger une littérature nationale, en tout cas, ils semblent s'en désintéresser.

Ainsi, la littérature comorienne, qui va célébrer bientôt trois décennies d’existence ne suscite pas de débat dans l’Université des Comores ou dans les sphères scolaires.

Malgré les travaux de recherche exceptionnels de nombreux étudiants comoriens en France, à Madagascar ou à La Réunion, le roman comorien reste national et ne connaît pas vraiment de succès dans le monde francophone. Le fait que cette littérature ne croise pas dans les débats littéraires des nouvelles approches, constitue une porosité, un frein à l’éclosion d’un genre nouvellement implanté au sein de notre environnement littéraire.

La littérature nationale et la littérature internationale sont aujourd’hui intimement liées. Une rapide étude thématique des romans comoriens permet de se rendre compte des différences entre le roman comorien et le roman francophone.

La pièce de theatre L’école de Bangano de Mohamed Toihir (2005) était au cœur des débats dans le Département de Littérature Générale et Comparée d'une université de la banlieue parisienne. Les participants ont montré que l’auteur essaie de maintenir le lien entre la langue française et sa langue maternelle, le shikomori. Le choix du terme "école” et la jonction avec "bangano”, qui se traduit littéralement par "dispute”, voire échanges d’insultes montre que le dramaturge accorde une place capitale au vocable local, maternel. Ce titre fait aussi l’objet d’étude pour certains linguistes qui le voient comme une violence linguistique.

Une conséquence importante de cette pièce serait par ailleurs la vitalité d’une langue comorienne revendiquant une reconnaissance littéraire. L’auteur concilie identité locale (langue maternelle) et identité culturelle (le français langue culturelle voire administrative). Cette coexistence est significative.

Mais la plupart des auteurs comoriens se focalisent sur des thèmes déjà repris dans d’autres romans, ce qui est ressenti comme incompatible avec de nécessaires évolutions du genre pour espérer une ouverture au monde ou même au sein de la Francophonie.

La littérature comorienne ne peut rester à l’écart du mouvement mondial, du comparatisme et du multilinguisme, les écrivains comoriens le savent bien et doivent procéder à des rénovations thématiques.

Les universitaires et les enseignants chercheurs de la Faculté de Lettres aux Comores peuvent apporter du nouveau sur la valeur de notre littérature qui reste stagnante en raison d’une déficience en matière de recherches et de publications. Les enseignants chercheurs et les étudiants qui sont à l’étranger en font beaucoup pour cette littérature mais ne sont pas encouragés par l’Etat qui ne subventionne ni colloque ni symposium.

ELAMINE BEN YOUSSOUF

Chercheur en Littérature générale & comparée

« LABORATOIRE CIELAM », Aix Marseille I


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