Itw de Saandi Assoumani. « Le FD n’a pas découvert subitement le coup d’État le 30 avril 1999 »


Al-Watwan - Saandi Assoumani, vous venez de publier aux éditions Cœlacanthe, un livre politique intitulé « Comores : chronique des rendez-vous manqués »*. Pourquoi ce livre aujourd’hui ?

Saandi Assoumani – J’ai décidé d’écrire ce livre au lendemain de mon départ du régime du Président Azali, en 2003. J’y ai appris les contrastes qui peuvent traverser les cercles du pouvoir : entre ce qu’on affiche vouloir faire et ce qu’on fait réellement ; entre ce qu’on pense faire et ce qu’on réussit à faire…

Au cours de cette expérience, j’ai eu le sentiment qu’à chaque fois qu’une victoire décisive était à portée de main, des forces négatives venaient jeter le trouble et faire dévier le pays de la bonne trajectoire. C’est ainsi que le pays a raté tant d’occasions. Tout cela, je voulais le partager avec mes compatriotes notamment les nouvelles générations amenées à assumer des responsabilités gouvernementales dans le futur.

J’ai jugé bon de ne pas publier le livre aussitôt sorti du régime afin de prendre de la distance et de la hauteur. Je voulais être certain de m’avoir libéré de tout ce qui pouvait avoir trait à de la passion pour ne focaliser que sur les leçons à tirer. En fait, je voudrais que ce livre puisse être un moyen de provoquer un débat profond et sincère sur nos comportements dans la conduite des affaires publiques. J’espère qu’il aura une prise sur le débat des prochaines échéances politiques de 2014 et 2016.

Al-Watwan – Qu’est ce qui vous a poussé, comme une partie du Front Démocratique, à suivre le Colonel Azali, après son coup d’Etat ?

Saandi Assoumani – La motivation du Front démocratique a été justifiée par le sentiment que le Colonel Azali allait offrir au pays une porte de sortie après le blocage politique dû à l’échec de la Conférence de Tananarive. Pour dire vrai, le Front démocratique n’a pas découvert subitement le coup d’Etat le 30 avril 1999 ! Personnellement, c’était surtout le discours prononcé au Palais du peuple par le colonel Azali, lors de la mise en place du Conseil d’Etat, qui m’a conduit vers lui.

Al-Watwan – Dans ce livre, on vous sent parfois admiratif du Colonel Azali. Qu’est ce qui vous a séduit chez lui ?

Saandi Assoumani – C’était sa naïveté créative au début de régime, celle qui l’a amené à professer que tout était possible et que rien n’était insurmontable. Je sentais en lui une forte conviction et un engagement pour changer positivement le destin de notre pays. C’est aussi un personnage qui a une capacité de travail exceptionnel et qui se donnait du mal à travailler une dizaine d’heures tous les jours. Les deux premières années de collaboration avec lui ont été un moment d’immersion patriotique fort dont je doute pouvoir revivre. C’est vrai qu’après le jour arriva la nuit…

Al-Watwan – Quels ont été les points forts et les faiblesses de ce régime ?

Saandi Assoumani – Le point fort était le début du régime. Quelle audace ! Il a su aborder les vraies questions qui se posent à notre pays en entreprenant l’assainissement de la fonction publique et des finances publiques, la restauration de l’autorité de l’Etat, la valorisation des compétences, la récupération du patrimoine de l’Etat bradé, l’introduction d’une méthode dans la conduite du travail gouvernemental comme il n’y en a eu rarement avant et après lui.

Le point faible a été la gestion de ses réussites. Une fois les premières réussites apparues et une certaine popularité amorcée, au lieu d’y trouver une raison d’humilité et de persévérer dans la voie tracée, il y a trouvé une raison d’affirmer une certaine suffisance interprétée par beaucoup comme de l’arrogance. Il s’écartait de jour en jour du chemin qu’il avait lui-même indiqué. La déception était à son comble.

Je pense que le régime a surtout manqué de vision historique pour la reconstruction du pays à un moment où tout était à définir. Je pense surtout que le Président ne s’est pas assez projeté par rapport à l’histoire mais s’est davantage focalisé sur la gestion des intrigues politiques du présent. C’est dommage.

Al-Watwan – Dans votre récit, on vous voit vous débattre pour qu’Ali Bourhane soit nommé Premier Ministre. Pourquoi ?

Saandi Assoumani – Je croyais fermement qu’avec quelqu’un de la stature d’Ali Bourhane, le pays allait être tiré vers le haut. L’image du pays à l’extérieur allait radicalement changer. Les conditions de la réconciliation nationales allaient être toutes autres. On allait réussir à marginaliser les séparatistes. On allait surtout donner une véritable direction au pays.

Cette tentative a échoué du fait que le Chef d’Etat lui-même se méfiait de lui. Peut être qu’il ne croyait pas vraiment à une réforme d’envergure comme je croyais. Quant à Ali Bourhane, paix à son âme, il n’a pas voulu se mouiller. Il s’est comporté dans cette affaire comme un consultant. J’ai partagé avec lui tout ce que j’avais sur lui et il m’avait envoyé un mail (que j’ai gardé) me disant qu’il n’était pas totalement d’accord mais, en bon démocrate, il assumait ma liberté de pensée. Une belle leçon.

Propos recueillis par Mahmoud Ibrahime

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